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Sonnet XXII

pour contre-ténor, archiluth et ensemble instrumental: flûte alto en sol (aussi flûte basse), clarinette basse en sib, cor en fa, trombone ténor basse, piano (avec célesta), violoncelle, contrebasse et percussion)

Cette pièce inaugure une série d’œuvres inspirées par les trente-cinq sonnets anglais de Fernando Pessoa. Lors de la composition du Sonnet XXII, je me suis entouré de différentes références. Ainsi, la musique d’Ockeghem m’interpelle par sa «trame sonore complexe et irrésistible à partir d’un souffle léger. Il évite toute imitation, les voix se suivent, mais chacune d’entre elles a quelque chose de très différent à dire» (Paul Hillier).

Un vers de Baudelaire du poème Correspondances, «Comme de longs échos qui au loin se confondent dans une ténébreuse et profonde unité», me parait se rapprocher de l’univers du maître flamand et faire le lien entre le temps musical et historique. Cette idée de correspondance lointaine est également présente dans les tableaux de la série To the sea du peintre Cy Twombly où des écrits mystérieux à peine effleurés forment un horizon maritime.

On peut ainsi revenir à Pessoa et au Sonnet XXII qui compare l’âme du poète à «quelque art égyptien plus ancien que l’Egypte, trouvé dans quelque tombe au rite indéchiffrable». Le choix d’un instrument essentiellement utilisé pour le répertoire des XVIe et XVIIe siècles (l’archiluth) permet, en offrant une paradoxale nouveauté due au terrain peu exploité de ses techniques de jeu contemporain, d’ouvrir aux résonances poétiques du temps si présentes dans l’œuvre de Pessoa. C’est certainement grâce à l’enthousiasme et au talent du luthiste Matthias Spaeter que cette idée a pu se réaliser. Je perçois ma pièce comme deux univers aux multiples arborescences: L’univers de l’ensemble composé de trois groupe d’instruments en confrontation avec la solitude du passé (archiluth et contre-ténor). C’est-à-dire le «son contemporain» face au sédiments d’histoire portés jusqu’à nous. D’autre part, en raison de la création conjointe d’une nouvelle œuvre d’Eric Gaudibert – également sur un texte de Fernando Pessoa – j’ai toujours eu à l’esprit la merveilleuse qualité sonore d’une conscience à l’orée du songe si présente dans sa musique que j’admire profondément.

Xavier Dayer


2000
Durée: 14 minutes
E.Pa. 0133 / 49.- Chrs
matériel d’orchestre en location

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